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La parole à la FIEC

Entretien avec Thomas Bauer, Président de la Fédération de l’Industrie Européenne de la Construction (FIEC)

Les tendances que nous constatons convergent toutes vers la nécessité d’une coopération et d’une interaction plus fortes entre tous les acteurs de la chaîne de valeur de la construction. Des événements comme INTERMAT sont donc des occasions extrêmement utiles pour construire et/ou développer davantage de tels partenariats.

Comment envisagez-vous la période post-crise COVID-19 dans votre secteur d’activité ?

La pandémie de Covid a frappé de plein fouet le secteur de la construction, bien que la situation soit très différente d’un pays à l’autre. Dans certains pays, les activités du secteur de la construction ont été plus ou moins complètement arrêtées, soit parce qu’un confinement a été imposé, soit simplement parce qu’il était impossible de mener ces activités. C’est le cas de l’Italie, de l’Espagne, de la France et de l’Irlande, par exemple. En revanche, dans d’autres pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou les pays nordiques, les activités ont continué. Cependant, même dans les pays où les activités se sont poursuivies plus ou moins normalement, les entreprises de construction ont été confrontées à de nombreux obstacles pratiques tels que les difficultés à obtenir des produits et du matériel, à trouver les équipements de protection pour leurs travailleurs, à organiser les chantiers dans le respect des restrictions sanitaires; et à trouver des travailleurs, car beaucoup d’entre eux sont rentrés dans leur pays d’origine au début de la crise.
Actuellement, les choses reviennent doucement à la normale, bien que les restrictions sanitaires que nous devons mettre en place sur les chantiers exigent une toute nouvelle organisation, avec des pertes de productivité. Elles génèrent également des coûts supplémentaires pour les entreprises.
Dans ce cadre, la vitesse et le niveau de relance varieront considérablement d’un pays à l’autre,non seulement en raison des différences d’impact de la crise, mais aussi parce que cela dépendra beaucoup de la manière dont les États membres élaboreront et mettront en oeuvre leurs stratégies nationales de relance et de la manière dont ils utiliseront au mieux les moyens et instruments financiers disponibles.

Dans ce contexte et après une année positive en 2019, à quoi pourraient ressembler 2020 et les années à venir ?

Il est difficile d’estimer le montant des pertes encourues, mais globalement, nous prévoyons à la fin de 2020 une baisse d’activité entre 15 et 20 % par rapport à 2019.
D’après les informations que nous recevons de nos fédérations membres, il y a de fortes inquiétudes pour 2021 et 2022. Certains des projets en cours permettront d’éviter une baisse encore plus forte de l’activité cette année, mais certains signes indiquent que les investissements privés pourraient chuter de manière significative, et on ne sait pas encore très bien comment les investissements publics évolueront. Les mesures temporaires actuelles qui permettent aux États membres de soutenir l’économie, par exemple la suspension des exigences du pacte de stabilité et de croissance de l’UE ou la flexibilité autorisée dans le cadre de la législation sur les aides d’État, prendront probablement fin à la fin de 2021. À cet égard, on ne sait pas très bien comment les pays dont la dette publique est élevée, comme l’Italie ou la Belgique par exemple, pourront utiliser pleinement les fonds mis à disposition dans le cadre du budget de l’UE ou comment ils pourront obtenir une aide du marché financier.
Parallèlement, les investisseurs privés sont actuellement dans une position d’attente, ce qui va également affecter la construction privée (c’est-à-dire les immeubles de bureaux, etc.) à moyen et long terme.
Les priorités de la Commission européenne, à savoir l’environnement (le «Green Deal» Européen) et les transitions numériques, offrent des opportunités importantes pour le secteur de la construction. Après la pause estivale, la Commission européenne présentera une proposition de «vague de rénovation» axée sur l’efficacité énergétique des bâtiments, qui nécessitera des investissements massifs.
Il sera crucial pour notre secteur de mettre en place tous les moyens et mesures nécessaires pour exploiter au mieux ces opportunités. En outre, il est clair que la transition numérique transformera notre industrie, ainsi que les relations et les interactions tout au long de la chaîne de valeur. À cet égard, il est important de veiller à ce que personne ne soit négligé.
Enfin, une formation et un perfectionnement professionnel appropriés de notre main-d’oeuvre sont nécessaires.
Une chose est claire, ces objectifs politiques ambitieux ne peuvent être atteints sans l’implication directe du secteur de la construction.

Quels sont les objectifs que vous fixeriez pour le monde d’après ? 

Lorsque l’on examine la proposition de la Commission européenne concernant le plan de relance de l’UE, on constate que tous les moyens et instruments financiers qui seront très probablement mis en place continuent de s’articuler autour des 2 grandes priorités politiques fixées par la Commission au début de son mandat, à savoir les transitions environnementales et numériques.
Que nous le voulions ou non, elles façonneront nos économies et nos sociétés et nos clients, qu’ils soient privés ou publics, nous les imposeront tout simplement. Nous devons donc les intégrer le plus rapidement possible dans nos modèles économiques.
À ce niveau, nous avons d’énormes défis à relever, mais aussi d’importantes opportunités à saisir, car le secteur de la construction jouera un rôle crucial.

Quelles sont les perspectives de croissance et les principaux axes d’innovation dans votre secteur pour accélérer la dynamique des grands projets en France et dans le monde ?

Les principaux domaines d’innovation sont axés sur deux évolutions de notre industrie, à savoir la construction durable et la numérisation. La première est liée au «Green Deal» européen et peut contribuer de manière significative à sa mise en oeuvre. Des innovations liées à la décarbonisation de l’industrie se dessinent à l’horizon. Le domaine qui présente un grand potentiel en termes de bâtiments est l’efficacité énergétique, mais ce n’est pas un développement nouveau et nous sommes tenus de veiller à ce que les nouvelles constructions répondent aux normes de la réglementation sur la performance énergétique depuis un certain temps déjà.
Là où nous espérons une accélération, c’est dans la réduction des émissions dans d’autres activités, comme le passage à une plus grande électrification des sites de construction lorsque cela est possible et l’introduction de nouvelles sources d’énergie, comme les générateurs à hydrogène.
Outre la décarbonisation, l’industrie s’oriente encore plus vers la construction circulaire, ce qui signifie que des matériaux plus durables sont utilisés, que les méthodes d’installation sont davantage axées sur le recyclage et la réutilisation lorsque le bâtiment est finalement rénové ou que son utilisation est transformée.

La numérisation de la construction est en cours depuis un certain temps, mais là encore, nous voyons un potentiel supplémentaire pour l’adoption de technologies numériques, comme l’utilisation croissante de robots, de drones, d’exosquelettes et, finalement, d’intelligence artificielle. Nous nous attendons également à une adoption plus généralisée de la modélisation des informations sur les bâtiments (BIM) et à des processus plus efficaces, améliorés en partie par un traitement plus rapide des données provenant d’une infrastructure informatique plus performante.

Que peuvent attendre d’INTERMAT, les entreprises européennes que vous représentez, en termes de développement et d’expertise pour se projeter positivement dans le monde de demain ?

Comme je l’ai mentionné ci-dessus, les tendances que nous constatons convergent toutes vers la nécessité d’une coopération et d’une interaction plus fortes entre tous les acteurs de la chaîne de valeur de la construction. Des événements comme INTERMAT sont donc des occasions extrêmement utiles pour construire et/ou développer davantage de tels partenariats. Afin d’utiliser au mieux les technologies numériques, par exemple, il est crucial d’avoir ce type de dialogue entre producteurs et utilisateurs.
Étant donné la complexité grandissante de l’ensemble du processus, le dialogue entre toutes les parties prenantes nous permettra d’échanger et de combiner notre expertise et nos compétences et de maximiser ainsi la valeur ajoutée de notre coopération, au profit de nos clients et de notre entreprise.

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