Jean-Louis MARCHAND

Président de la Fédération de l'Industrie Européenne de la Construction (FIEC)

Pour votre secteur d’activités, quel bilan dressez-vous de l’année 2016 ? Quels sont les objectifs que vous vous fixez pour les années à venir ?

Il est toujours difficile de tracer des grandes tendances, tant l’activité de construction varie d’un pays à l’autre et d’un segment à l’autre… Mais d’une manière générale, et d’après les chiffres de notre dernier rapport statistique (édition de juin 2016), nous observons une timide reprise de l’activité pour la troisième année consécutive (+2,1% en 2016).

Le lent retour de l’Union européenne à la croissance joue en notre faveur, mais comme nous le savons, le secteur de la construction réagit toujours avec un certain décalage dans le temps. Aussi, il est un peu tôt pour tirer des conclusions quant à l’impact exact du plan d’investissement lancé par Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne en 2015, cependant nous considérons que cette initiative va dans le bon sens. Elle se concentre sur des secteurs stratégiques tels que l’efficacité énergétique des bâtiments et les infrastructures ; elle accroît la visibilité des projets en souffrance de financement auprès des investisseurs privés ; et elle réinstaure une plus grande confiance entre les différentes parties prenantes : promoteurs de projets, investisseurs privés et pouvoirs publics.

Nous avons d’ailleurs salué la proposition de la Commission de prolonger ce plan d’investissement jusqu’en 2020 au moins et d’en accroître la capacité, basée sur une garantie européenne de 33,5 milliards d’euros.

En parallèle, nous observons un peu partout que les Etats membres sont pris en tenaille entre la nécessité de relancer la croissance et l’emploi par des politiques d’investissement volontaristes et l’injonction de respecter les règles européennes en matière de bonne gouvernance budgétaire… C’est la quadrature du cercle ! A ce sujet, nous souhaiterions que la Commission européenne accepte plus de flexibilité budgétaire lorsque les Etats membres investissent effectivement pour la croissance et l’emploi.

Nous avons d’ailleurs pu le constater récemment, aucun Etat membre de l’UE n’est épargné par le sous-investissement dans les infrastructures vitales pour le bon fonctionnement de l’économie. Le manque de maintenance d’infrastructures vieillissantes est catastrophique !

La promotion de l’efficacité énergétique dans les bâtiments restera également un axe fort du travail de la FIEC dans les années à venir. A ce titre, nous nous sommes saisis avec beaucoup d’attention du paquet législatif récemment proposé par la Commission européenne pour une « énergie propre pour tous les Européens »… qui malheureusement ne semble pas faire de propositions très innovantes en matière de financement !

 

Quelles sont les perspectives de croissance et les axes d’innovation de votre secteur pour répondre à la diversité des projets en France et dans le monde ?

En matière d’innovation, la grande tendance du moment est à la digitalisation.

La FIEC a d’ailleurs consacré sa conférence annuelle de juin 2016 au BIM (Building Information Modeling), sous le titre : « BIM : rocket science or common sense ? ». Dans la foulée de cette conférence qui a rencontré un grand intérêt auprès de nos membres, la FIEC a mis en place un groupe de travail dédié au BIM et présidé par notre Vice-Président en charge des affaires techniques et environnementales, Mr. Kjetil Tonning, qui vient de notre fédération norvégienne (EBA – Norwegian Contractors Association).

Notre but est de promouvoir la digitalisation dans le secteur de la construction afin qu’il profite au maximum de cette révolution technologique ! Certains pays et certaines entreprises sont déjà très avancés dans ce domaine. Nous voulons que toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, soient en mesure de prendre le train en marche ! Faute de s’adapter à temps, des entrepreneurs risquent de se retrouver disqualifiés. Notre mission, en tant que fédérations professionnelles européenne et nationales est donc d’aider nos membres à franchir ce cap. Nous échangeons déjà beaucoup au sujet de toutes les bonnes initiatives nationales qui sont mises en œuvre pour aider les entreprises à mettre le pied à l’étrier.

Ensuite, notre rôle est également de sensibiliser les décideurs publics afin qu’eux aussi promeuvent la digitalisation, mais dans un sens qui ne laisse personne sur la touche. Il est important par exemple que les différents systèmes mis en place soient interopérables, que leur accès soit ouvert à tous, pour un coût raisonnable. Ceci est particulièrement vrai lorsqu’on aborde la question des marchés publics électroniques, qui sont en train de gagner du terrain, sous l’impulsion de la dernière révision législative européenne en la matière.

Il nous faut quitter un monde de papier et de tensions entre les différents acteurs pour un nouveau monde électronique et collaboratif, ceci pour gagner en efficacité et en compétitivité ! Ce faisant, c’est un nouveau monde d’opportunités qui s’ouvre à nous !

Que peuvent attendre les entreprises européennes que vous représentez du rendez-vous d’INTERMAT, en termes de développement et d’expertise ?

Les grands rendez-vous du secteur, tels que INTERMAT, sont toujours de bonnes occasions pour les entreprises européennes de se faire connaître à travers les frontières, de présenter leur savoir-faire et lier contact avec de nombreux clients et fournisseurs potentiels. En même temps, c’est aussi un bon moyen pour ces mêmes entrepreneurs de découvrir les nouvelles tendances sur le marché, y compris à l’international, les techniques et technologies de pointe dans le secteur, les nouveaux matériaux ou les nouvelles machines, etc. C’est notamment le moment de faire de bonnes affaires !

C’est une très bonne chose qu’il y ait un taux important d’entreprises provenant de partout dans le monde. Cela renforce d’autant le partage d’expérience et de savoir-faire dans le secteur.